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Christophe Pignol : « L’OM n’a jamais eu une politique de formation »

Par Mis à jour le - Publié le

Suite et fin de l’entretien avec Christophe Pignol dans son centre de football indoor SOCCERPLUS à Gémenos (Première partie ici). L’ancien joueur du FC Nantes nous raconte sa brutale fin de carrière et ses conséquences, évoque la formation et le mercato de l’OM… 

 

 

FCM : En 2001, vous étiez alors à Lille, vous apprenez que vous souffrez d’une  leucémie. Le combat contre la maladie a stoppé net votre carrière…

 

Christophe Pignol : « Cela a stoppé ma carrière brutalement mais si j’avais eu quelques années de moins j’aurais surement repris. J’ai récupéré une année et demie après mon arrêt. J’avais envie de reprendre mais à 32 ans c’est plus compliqué de suivre à nouveau un programme physique instance, repartir en stage. J’avais tellement laissé de force dans le combat contre la maladie que je n’avais plus envie de me faire mal. Dans mon esprit j’avais envie de profiter de la vie. J’ai terminé mes traitements en octobre 2001. En mars 2002, je recommençais à reprendre des forces, Vahid Haliolodsic et Luc Dayan m’avait dit «  Si tu veux continuer, on te reprend dans l’effectif. » Il me restait deux ans de contrat avec le LOSC et le préparateur m’a envoyé des programmes à respecter. Au bout d’un moment je n’en pouvais plus, je n’avais plus envie d’aller en salle de muscu, je n’avais plus envie de faire du fractionné tout seul, j’avais envie de plus voir mes enfants, de prendre l’apéro et de manger ce que je veux. Je n’avais plus envie de faire les sacrifices d’un joueur de haut niveau. »

 

FCM : Certains joueurs professionnels prennent l’apéro et sortent…

 

C.P. : « Je ne conçois pas le métier comme ça. Pour moi un joueur de foot de haut niveau ce sont des sacrifices à faire et je les avais fait jusqu’à la maladie. Pour moi reprendre le haut niveau c’était recommencer à faire attention à ce que l’on boit ou mange et aussi partir au vert. Mais avant la maladie ce n’était pas une contrainte, c’était un plaisir. Après on prend du recul et on se fixe d’autres priorités comme la famille, la femme, les enfants. C’est un choix de vie. »

 

« Il arrive un moment ou couper les rosiers j’en avais marre »

 

FCM : Prendre la décision d’arrêter sa carrière ne doit pas être facile ?

 

SPC.P. : »Arrêter ma carrière, je ne l’avais pas préparé. Ça m’est tombé dessus, et c’est vrai qu’après la maladie, j’ai ressenti un gros vide. Tu profites de ton entourage, d’être dehors dans le jardin après des semaines d’hôpital, mais ça va un temps. Il arrive un moment où couper les rosiers j’en avais marre, j’ai créé l’association et après j’ai lancé le projet de SoccerPlus. Ce qui me manquera toujours c’est la compétition. Ce que l’on a connu pendant 10-15 ans c’est l’adrénaline, la compétition, c’est ce qui manque le plus. C’est difficile de se reconvertir à part le métier d’entraineur. Je pense que la plupart des joueurs ont cette envie de se rapprocher du terrain. Il n’y a que le métier d’entraineur qui peut faire ressentir ces sensations. »

 

FCM : Est-ce que la jeune génération est plus difficile à coacher ?

 

C.P : « Pour en discuter avec des gars de ma génération, qui sont entraîneurs ou adjoints, c’est très compliqués. Il s’adapte aux générations, mais moi après 10 ans d’arrêt ça me parait compliqué. Mais c’est dommage, car cela m’a intéressé quand j’ai passé mes diplômes. Je connais un peu le foot et j’ai envie de partager mon expérience avec les jeunes. »

 

 « L’OM fait de la formation pour les autres clubs »

 

FCM : Financièrement l’OM n’a plus de gros moyens pour recruter. Pensez-vous que la formation olympienne est suffisamment performante pour alimenter l’équipe pro dans les années qui viennent?

 

C.P. : « D’abord, je pense que le centre de formation de l’OM a une mauvaise réputation. Le centre de formation de Marseille fait du bon boulot. Ils ont un beau complexe, les gens qui y travaillent sont compétents. Après, c’est peut-être un peu excessif, mais quelque part ils font de la formation pour les autres clubs. Parce que Marseille n’a jamais eu une politique de formation de jeunes, et à mon avis ça ne sera jamais le cas. A moins d’un cataclysme, que le club soit ruiné et qu’ils doivent repartir avec des jeunes. Le club a toujours fonctionné comme ça et fonctionnera toujours avec des joueurs qui ont des noms, de l’expérience et qui sont reconnu car les gens viendront au stade pour voir ces gens-là. C’est tellement compliqué pour un jeune de 17 ans à l’OM. Est-ce qu’on va lui laisser le temps pour qu’il s’aguerrisse? Est-ce-que qu’on va le laisser passer au travers trois quatre matches pour qu’il arrive à comprendre les exigences du haut niveau? »

 

 FCM : Pourtant cette saison, les dirigeants avaient annoncé vouloir s’appuyer sur le centre ?

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C.P. : « A un moment donné, si tu dis ça, il faut aller au bout des choses. Tu te dis: « je ne prends pas Romao », et tu fais avec ce que tu as, c’est à dire le jeune Abdullah. Il a fait quelques apparitions, il semblait être intéressant, tu lui coupes l’herbe sous les pieds. Et je penses que ce sera toujours comme cela, quelque soit les dirigeants ou les entraîneurs. »

 

FCM : Que pensez-vous du recrutement de l’OM (Raspentino, Abdallah, Kadir, Sougou, Romao)? Vous comprenez que les supporters puissent être exaspérer? D’autant que parallèlement le PSG ne recrute que des stars internationales…

 

C.P. : « Je ne vois pas pourquoi les supporters seraient exaspérés car de toute façon ce n’est absolument pas comparable. On a d’un côté un club qui a un budget à gérer et qui essayer de recruter des joueurs qui vont apporter soit disant quelque chose et d’un autre coté tu as un club qui dépense « no limit ». Ce n’est pas comparable. Moi je suis supporter de l’OM et je ne suis pas exaspéré par Paris. »

 

« Tirer l’équipe vers le haut par le collectif »

 

FCM : C’est surtout par rapport aux noms des joueurs que l’OM recrute…

 

C.P. : « Oui mais ça va avec l’enveloppe, on fait avec les moyens que l’on a. Bien sûr on aimerait tous que des joueurs comme Ibrahimovic viennent au vélodrome. Paris je les regarde, pas parce que j’aime le PSG, mais parce que je sais qu’il va se passer quelque chose. Après on peut voir le côté positif et se dire qu’avec des joueurs, entre guillemets, de deuxième catégorie comme ceux-là, qu’on va essayer de tirer l’équipe vers le haut par le collectif. Avoir un peu d’orgueil quelque part, se dire: « OK, eux ils ont l’argent, nous on à autre chose, on a la hargne, la fierté du club, l’amour du maillot… En fait je mettrais l’accent sur ça. »

 

FCM : Justement l’Olympique de Marseille semble accès son recrutement sur des joueurs locaux (Gignac , Fanni, Kadir, Abdallah…)

 

C.P. : « C’est bien de faire revenir des joueurs locaux comme Gignac ou Fanni mais il faut être sûr que l’hygiène de vie reste saine. Il y a beaucoup de tentations. »

 

« Ce sont des menteurs »

 

FCM : Avez-vous suivi la passe d’arme entre Vincent Labrune Et Pape Diouf par médias interposés? Cela vous inspire quoi?

 

C.P. : « Franchement, je m’en fous en peu. Je pense que ça ment de tous les côtés. Ce sont des menteurs.  Il y a des mensonges d’un côté comme de l’autre. Et puis c’est peut-être fait pour déstabiliser le club. Je penses qu’il y a un peu de ça aussi. »

 

FCM : Vous pensez que ça peut déstabiliser le groupe toutes ces attaques de l’extérieurs?

 

C.P. : «Ce n’est jamais bon. Je pense que lorsqu’on est joueur on a besoin de sentir une unité à tous les étages. Que le club est uni derrière son équipe première. Quand il y a des trucs comme ça, ce n’est jamais bon. Ça l’a été quand Deschamps et Anigo se sont pris le bec. Je pense quand même qu’il y a eu un déclic à ce moment-là. Inconsciemment, le groupe a lâché un peu. Là c’est une personne extérieure au club avec le président… Ça n’a peut-être pas une incidence directement perceptible, mais ce n’est pas bon du tout. Tu ouvres les journaux et on ne parle que de ça. Je ne dis pas que ça peut te foutre en l’air une fin de saison, mais je pense que pour la cohésion du groupe, et même pour l’entraineur ou le président qui n’est peut-être pas très serein non plus, ce n’est pas bon. Surtout que là tu joues la troisième place, tu as besoin de sérénité, de travailler dans une atmosphère ou tu sens tout le monde derrière toi»

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