OM Info Mis à jour le - Publié le - Par

OM – [OLYMPIENS] UNE LÉGENDE NE MEURT JAMAIS !

.
Info Chrono
Top articles de la semaine

Hèèè ma fouaaa, si je n’écrivais pas sur Anderson en ce moment, j’aurais l’impression de trahir mon amour pour l’OM.
 
Bonjour à tous, je vous souhaite de passer un bon dimanche.
 
Normalement, je préfère plutôt souligner l’anniversaire d’une naissance, même quand la personne n’est plus de ce monde.
 
Mais la mort de Gunnar Anderson, le 1er octobre 1969, à seulement 41 ans, a profondément marqué la ville et les amoureux du club. C’était il y a 50 ans.
 
Il est mort jeune, certes, mais pauvre et d’une manière dramatique, quasiment le nez dans le caniveau, à l’angle de la rue Breteuil et de la rue Sainte, lui qui avait été ce joueur adulé par tous pour ce nombre incroyable de buts que ni Skoblar ni Papin n’ont jamais pu atteindre, 194 buts sous le maillot blanc.
 
Qu’est-ce qui avait poussé ce jeune homme qui avait grandi à Säffle, dans sa Suède natale, à choisir Marseille et l’OM plutôt que Barcelone qui le voulait aussi ? Nous ne le saurons jamais tout à fait, à moins que l’ami Benjamin Potet qui met un point final à un documentaire sur ce beau héros malicieux et tragique n’ait trouvé la réponse. Prenez Google Earth et regardez Säffle, c’est un bourg minuscule au milieu d’hectares de champs et de lacs, sans doute l’endroit le plus paisible du monde. Et imaginer un enfant de cette terre où tout semble douceur, mourir seul dans une des grandes rues agitées de ma ville folle me tire facilement les larmes, je ne peux l’empêcher.
 
Tout est rocambolesque dans la vie de Gunnar Anderson. Son arrivée contrariée par deux journalistes ambitieux qui avaient décidé de l’alpaguer en gare d’Avignon pour obtenir un entretien exclusif, alors que le président Dancausse l’attendait à St Charles avec tout ce que Marseille comptait de journalistes sportifs. Puis la grande surprise des observateurs quand ils virent sortir ce stoquefiche blanquinasse des vestiaires pour son premier entraînement, avec sa drôle de démarche, les pieds en canard.
 
La surprise ne dura pas longtemps. Gunnar avait du feu dans les jambes. Il n’était pas impressionnant, il ne faisait pas de fioritures, ne portait pas le ballon. Il cherchait un angle et dès qu’il l’avait trouvé, déclenchait cette frappe sèche et précise qui le caractérisait. Quelle que soit sa position, il avait le cadre dans la tête, ce qui lui permettait de faire mouche presque à chaque coup. Pensez, on dit qu’il est l’auteur de 2 quadruplés, 10 triplés, et 34 doublés.
 
Bien entendu, je ne l’ai jamais vu jouer, je n’avais que huit ans lorsqu’il quitta ce monde, mais il fût un des joueurs qui avaient le plus marqué mon père, et je revois et j’entends précisément celui-ci me mimer avec le corps et les mains les caractéristiques gestuelles de Gunnar, l’onomatopée « bam » pour me signaler un tir sec à la sortie d’un crochet dessiné dans l’espace par un retour du poignet, avant d’envoyer devant lui sa main pour manifester la trajectoire du ballon.
 
Il y eut deux grands problèmes dans la vie d’Anderson. Malgré sa fabuleuse efficacité, il ne put apporter la moindre ligne de palmarès à l’OM, à part l’obscure Coupe Louis Drago. D’autre part, il rencontra chez nous un élément qui allait accompagner sa perte, le pastis, ce joli jaune qui lui rappelait peut-être la blondeur des gens de son pays, ou bien la couleur de son drapeau national.
 
Évidemment, le déclin physique, financier, social qu’entraîna l’arrêt de sa carrière le vit augmenter les doses, multiplier les apéros dangereux où les tournées s’enchaînent… on dit même qu’il but littéralement le bar qu’il s’était payé. Marseille fût témoin de cette décadence, elle eut je pense mauvaise conscience en apprenant la mort du footballeur. Il était si sympathique.
 
Je le vois comme un Ribéry des temps anciens, un farceur.
 
Il se trouve que son histoire m’intéresse depuis longtemps, et au début des années 90, j’avais réussi à contacter Gunnar Johansson, son ex-coéquipier à l’OM, lui-même membre de l’équipe suédoise qui s’était inclinée en finale de la Coupe du Monde 1958 contre le Brésil du tout jeune Pelé. L’ex défenseur m’avait donné rendez-vous dans une brasserie de Luynes pour me parler de son avant-centre préféré. Il m’avait raconté cette anecdote qui pour lui représentait son ami. Un jour que l’équipe se trouvait au vert dans un coin retiré à la campagne, les joueurs étaient partis en promenade. Anderson repéra au bord de la route une vieille bouse séchée par le soleil, il en ramassa une partie à mains nues pour aller la plaquer par derrière sur les joues de Salem qui marchait devant et n’avait rien vu venir. Celui-ci très vite interpelé par l’odeur se lança vivement à sa poursuite mais il ne parvint jamais à rattraper Gunnar alors que tout le reste de l’équipe était mort de rire. Anderson en riait encore aux éclats en me narrant l’épisode, je revois encore ses yeux ronds, et j’entends aussi son rire étouffé.
 
Ce qui est fou, c’est que juste avant sa mort, Gunnar venait de passer au Provençal pour récupérer une invitation pour le match de coupe d’Europe que l’OM devait jouer le soir même contre le Dukla de Prague. Les locaux du journal se trouvaient au Cours d’Estiennes d’Orves, où La Marseillaise est installée aujourd’hui.
 
Gunnar a donc remonté un peu la rue Breteuil et s’est écroulé. Lucien d’Apo, journaliste chargé de l’OM s’apprêtait à rejoindre le Stade à son tour, il prit le même itinéraire et ne put s’empêcher d’aller au cœur de cet attroupement qui s’était formé autour du corps allongé. Gunnar, ce fabuleux joueur, ce garçon si attachant mourrait dans ses bras, lui, l’un des deux journalistes qui avaient capturé le suédois à la gare d’Avignon pour recueillir l’exclusivité de son premier interview quelques années auparavant. L’émotion de son papier du lendemain me crève encore le cœur.
 
Il est inconcevable de voir un dieu qui a soulevé des stades tomber par terre.
 
Si nous posions des statues devant le Vélodrome, celle de Gunnar Anderson figurerait sans doute parmi les premières, mais comme l’a dit le cinéaste Alain Resnais dans un de ses premiers films, c’était le titre de l’un d’entre eux : Les Statues Meurent Aussi…
 
Mais une légende ne meurt jamais…
 
Vive le grand Gunnar Anderson !