À Marseille, il n’y a pas de matchs amicaux. Il n’y a que des signaux. Et lorsqu’un tableau d’affichage indique 0-3, même sous une pluie battante, même à huis clos, même au cœur du mois de juillet, une partie des supporters y voit déjà le prolongement d’une inquiétude plus ancienne. Celle née d’une seconde partie de saison 2025-2026 qui a laissé des traces, où l’enthousiasme s’est progressivement effacé au profit des doutes.
Le football marseillais a cette particularité de ne jamais cloisonner les temporalités. Une défaite d’été convoque immédiatement les frustrations du printemps. Voir une équipe largement battue par Nice, avec un onze où plusieurs jeunes découvrent ce niveau et où certains cadres sont encore en phase de reprise, suffit à réveiller une impatience chronique. Le score compte davantage que le contexte, parce qu’à l’OM, le contexte est souvent considéré comme une excuse. Trois buts encaissés, peu d’occasions franches converties, une défense expérimentale en difficulté : les réseaux sociaux s’en emparent avant même le coup de sifflet final. C’est presque une tradition.
Pourtant, il faut parfois accepter que juillet ne raconte pas septembre.
Cette équipe n’était pas celle que Bruno Genesio alignera lorsque les choses sérieuses commenceront. Elle ne pouvait pas l’être. Le nouvel entraîneur découvre son groupe, installe ses principes, teste des associations et donne du temps de jeu à des joueurs qui n’en auront peut-être plus autant dans quelques semaines. Surtout, il composait avec des absences majeures.
Les 8 internationaux qui devaient ou qui ont disputé la Coupe du monde 2026 n’étaient pas encore présents : Leonardo Balerdi (blessé et absent avec l’Argentine), Timothy Weah, Gerónimo Rulli, Facundo Medina, Amine Gouiri, Nayef Aguerd (blessé et absent avec le Maroc), Quinten Timber et Derek Cornelius, de retour de prêt des Rangers, manquaient tous à l’appel. Cela représente une colonne vertébrale entière, du gardien à l’attaque. Difficile, dans ces conditions, de tirer des conclusions définitives sur le niveau réel de cette équipe.
Les premiers indices laissés par Bruno Genesio étaient d’ailleurs ailleurs que dans le résultat : un bloc plus haut, des intentions de pressing, une volonté de récupérer vite le ballon. Tout cela reste fragile, parfois brouillon, mais une préparation sert précisément à cela : chercher avant de trouver.
L’inquiétude des supporters est légitime. À Marseille, elle accompagne chaque reconstruction, encore davantage lorsque la saison précédente a laissé un goût d’inachevé. Mais elle gagnerait sans doute à se souvenir d’une phrase prononcée par le nouveau directeur sportif Grégory Lorenzi lors de sa présentation : « L’équipe d’aujourd’hui ne ressemblera pas à celle de septembre. »
C’est probablement la seule certitude de cet été marseillais. Car si l’OM a déjà commencé sa préparation, son mercato, lui, n’a pas encore réellement commencé dans le sens des arrivées. Et tant que le visage définitif de l’effectif ne sera pas dessiné, juger cette équipe reviendrait à commenter un livre dont la moitié des pages reste encore à écrire.