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Itw B.Payan (PS) : « Le Vélodrome ? Une opération gagnant-gagnant pour AREMA et perdant-perdant pour les marseillais. »

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FCM est allé interviewer le conseiller municipal Benoît Payan puisqu'il est à l'initiative d'une commission d'enquête sur la rénovation de Vélodrome.


 

Benoît Payan est conseiller départemental et président du groupe socialiste à la mairie de Marseille. Il est à l’initiative d’une mission d’information sur les travaux de rénovation du Stade Vélodrome. Il explique à FCM ce qu’il reproche à ce contrat qu’il qualifie de « pire opération pour la Ville de ces 50 dernières années ». Interview au vitriol.

 

 

 

On vous a entendu récemment chez nos confrères de France Bleu Provence dénonçait un stade que « les marseillais auraient du payer 100 millions de moins » en vous basant sur le rapport de la Chambre Régionale des Comptes. Justement dans ce rapport, il apparaît que cette somme (93M€ pour être exact) correspond notamment au paiement de dividendes aux actionnaires d’AREMA ainsi qu’à des intérêts sur leurs fonds propres. Est-ce à dire que le contribuable marseillais paye actuellement des dividendes aux actionnaires d’AREMA ?

 

 

Benoît-PAYAN

 Benoît Payan : « Les magistrats de la Chambre  Régionale des Comptes, qui ne sont pas encartés  au PS, l’ont écrit  noir sur blanc. Moi je me fie à ce  qui est écrit par le juge financier régional qui  observe avec beaucoup d’acuité tout ce qu’il se  passe dans les montages financiers.

 Ils ont décrit une situation qui nous pousse à  dépenser 90 M€ en plus du prix du coût de stade.  Je rappelle simplement que pour le même stade au  boulon près, on aurait dû payer 93 millions de  moins ! En payant de l’argent au cours normal de l’époque c’est à dire 4,55% ou 4,53 je crois on aurait payé 93 millions de moins.

 

A quoi ça correspond ? Ça correspond au prix de l’argent, 4,50 plus ce que vous avez décrit : l’impôt sur les sociétés, les dividendes des actionnaires et l’amortissement financier de Bouygues et de la Caisse d’Épargne qui est destiné à l’opération qui s’appelle AREMA.

 

Donc en effet, le contribuable marseillais paye les impôts de société AREMA et les dividendes des actionnaires de Bouygues et de la Caisse d’Épargne. En plus de la totalité de l’opération parce que je vous rappelle que si on emprunte 104 millions d’euros, c’est pour payer AREMA, pour payer les factures qu’elle nous présente. Et dans ces factures, il y a déjà un certain nombre de millions d’euros qui sont fabriqués pour payer les salariés et les dirigeants de cette société.

 

En plus de tout ça, on a rajouté 93 millions juste pour les actionnaires. »

 

 

 

« De fait, la ville n’est plus propriétaire du stade puisqu’elle ne peut plus rien décider autour du Stade »

 

 

Il y a la rénovation puis il y a l’exploitation qui là encore coûte une certaine somme à la Mairie tous les ans. Ne pouvait-on pas garder l’exploitation sous le contrôle municipal comme cela était le cas avant la rénovation ?

 

 

Benoît Payan : « C’est un peu plus compliqué, le choix de la ville c’est de faire un PPP. Le PPP, c’est clé en main : la reconfiguration totale du stade et sa gestion.

C’est une somme qui est complètement faramineuse.
Vous aurez noté que la gestion du stade nous échappe complètement. Jusqu’à maintenant, on faisait ce qu’on appelle « la fête des écoles » au Stade Vélodrome. Aujourd’hui, on ne peut plus, AREMA ne veut plus qu’on abîme la pelouse.

 

La question que je vais poser à la commission d’enquête c’est qui a écrit ce contrat ? La ville ne peut pas avoir à ce point été faible pour écrire un contrat qui la lèse à ce point. »

 

 

schéma vélodrome 002

 

 

Parmi les alternatives au choix du PPP, il y avait le bail emphytéotique administratif (BEA) au profit de l’OM. Une alternative repoussée par la ville qui souhaite absolument garder la possession du Stade Vélodrome. Mais l’est-elle toujours actuellement ?

 

 

Benoît Payan : « De fait, la ville n’est plus propriétaire du stade puisqu’elle ne peut plus rien décider autour du Stade. La ville, elle a cédé des droits autour du stade et on a vu fleurir des centres commerciaux, des hôtels, des cliniques… Ils ont massacré le quartier !

 

Ça ressemble désormais à un espèce de bunker. J’entends la majorité se gargariser de ce beau stade mais aujourd’hui ce stade, il est caché par des centres commerciaux et de mauvais immeubles sous prétexte qu’il était plus facile de donner des droits à construire à AREMA qui se gave autour de tout ça.

 

Donc non seulement, on a plus la gestion du stade mais en plus ça nous coûte chaque année un bras. »

 

 

« Je n’ai pas de mal à comprendre que l’OM ne veuille pas payer les 8M€ »

 

 

Puisque vous parler du programme d’accompagnement immobilier autour du stade. Pensez vous que la valorisation à 30,3M€ pour ces 100 000m² constructibles était bonne ?

 

 

Benoît Payan : « C’est une opération gagnant-gagnant pour AREMA et perdant-perdant pour les marseillais. Parce que sur tous les tableaux on a donné les clés du Stade Vélodrome et du quartier à un consortium d’actionnaires. Sur tous les tableaux, les marseillais ont perdu. Il n’y a pas une facette de ce contrat sur laquelle les marseillais sont gagnants. Le Stade nous coûte 100 millions de plus et les droits à construire tuent le commerce du centre ville qui va déjà très mal.

 

Puis on a une pression foncière autour du Stade Vélodrome de plus en plus forte, il a fallu évidemment aller construire pour continuer à faire monter les prix. On a des stades, des sociétés civiles, des associations, des clubs sportifs qui ont vécu autour du Stade Vélodrome, qui ont participé à la vie du Stade Vélodrome, qui ne sont pas moins marseillais que les autres qui aujourd’hui ne peuvent plus y accéder parce que le consortium d’actionnaires n’accepte plus que ces gens là soient dans le quartier.

 

On peut dire que le stade est magnifique mais on le voit de moins en moins, il est enfermé dans un sarcophage de béton. Quand on est au pied du stade, on ne voit plus rien. Ça a enlevé tout le charme que le Stade pouvait avoir.

 

Honnêtement je pense que c’est l’une des pires opérations qui aura été conduite par la majorité Gaudin. C’est peut-être la pire opération pour la Ville de ces 50 dernières années.
Les marseillais sont prisonniers d’une signature au profit d’AREMA et ça c’est un scandale financier. »

 

 

gaudin-mccourt

 

 

Parlons un peu de l’OM, que pensez-vous que ce loyer hypothétique de 8M€/an réclamé par la Chambre des Comptes Régional ?

 

 

Benoît Payan : « Je n’ai pas de mal à comprendre que l’OM ne veuille pas payer les 8M€. En réalité, on leur a laissé un stade flambant neuf qui va nous coûter un bras et on voudrait le faire payer à l’OM sans leur avoir posé la question d’un loyer excessivement important.

 

Pour autant, même si j’aime l’OM, moi je me mets du coté des contribuables parce que mon travail est pour les marseillais, pour les marseillaises. Je ne peux pas accepter que les marseillais payent le loyer à la place de l’OM. Donc maintenant la ville, elle va devoir trouver une solution : 1, pour que les marseillais ne soient pas lésés et 2, pour que l’OM ne soit pas lésé.

 

Ce que je veux, c’est que les marseillais ne payent pas le loyer que l’OM ne paye pas. Je n’accepte pas que ce soit les marseillais qui payent les 4 millions manquants. »

 

 

Dernière question concernant le Stade Delort est l’imbroglio autour notamment de l’homologation qui pourrait permettre au GS Consolat d’y jouer. Lorsque JL Mingallon en parle, il semble y avoir beaucoup de mauvaises volontés du coté de la Mairie, qui pour le coup, gère ce stade-ci.

 

 

Benoît Payan : « Il n’y a pas de mauvaise volonté, il y a juste très peu d’ambitions, très peu d’envie et à mon avis beaucoup de retard quand à la réactivité qu’il faut avoir sur ce genre d’événements. »

 

 

Tous propos recueillis par Mourad Aerts