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ITW FCM : Cet ex-minot raconte sa formation et l’importance d’un fonctionnement à la Bielsa… (Dossier FCM)

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En marge du gros dossier FCM sur la formation, nous vous proposons l’intégral de certains entretiens réalisés dans ce cadre…

 

 

Arrivé à l’Olympique de Marseille à l’âge de 11 ans, Alphousseyni Sané, 24 ans aujourd’hui, est véritablement intégré à l’effectif professionnel par Marcelo Bielsa.  Mais “Seyni” attend l’arrivée de l’entraîneur espagnol Michel pour glaner son premier match en équipe première (13 janvier 2016, à Toulouse, en Coupe de la Ligue).
L’enfant de la cité des Lauriers, dans le 13ème arrondissement de Marseille, signe son premier contrat professionnel quelques mois plus tard. Depuis, des blessures ralentissent sa progression. Le joueur d’origine sénégalaise quitte l’OM à l’issue de la saison 2016-2017. Il  enchaîne par une expérience en Roumanie infructueuse. L’ex-minot est de retour en France, à la recherche d’un nouveau challenge.
Pour FCM, il est revenu sur son histoire au centre de formation de l’OM.  

 

 

« La notoriété peut monter à la tête de certains… »

 

 

En tant que Marseillais, as-tu ressenti une pression supplémentaire à ton entrée au centre de formation ?

 

A.Sané : « Non, pas du tout de pression ! Je voulais montrer aux personnes du club qu’ils avaient raisons de me faire confiance. Quand j’entre au centre de formation de l’OM, ça représente pour moi quelque chose d’exceptionnel ! Je réalise un objectif. Entrer au centre fait partie du cycle nécessaire pour continuer à avancer. Je m’en suis donné les moyens. J’étais content, fier de moi. Ça fait également plaisir à mon entourage. Ce n’est pas tout le monde qui entre en centre de formation.  »

 

 

 

Selon toi, est-ce plus dur de devenir pro à l’OM qu’ailleurs ?

 

 

A.Sané : « Totalement.
Là c’est un peu en train de changer. Mais de mon temps, c’était plus compliqué. Les jeunes à Marseille n’avaient pas leur chance comme dans les autres centres de formation. J’avais des collègues dans d’autres centres à Sochaux, Le Havre, Auxerre par exemple. Là-bas, si t’étais bon, tu t’entraînais avec les pros. Nous, le coach de l’équipe première ne s’intéressait même pas au centre de formation.

 

Ça a commencé à changer vers la fin de mes années marseillaises. Le déclic à eu lieu à l’époque de Bielsa  avec la création du groupe élite. Ses adjoints venaient regarder les jeunes. Même Bielsa venait regarder des matchs des U19. Dans les autres centres de formation c’était la norme mais à l’OM, c’était nouveau.

 

Le groupe élite était composé de douze joueurs du centre provenant de la CFA et des U19. On a participé à la préparation physique et aux matchs amicaux. C’était limite la deuxième meilleure équipe du club, une vraie opposition face aux titulaires. On devait s’arracher. Il fallait mettre les pros dans la galère. On faisait des exercices qu’on n’avait jamais fait en CFA. Je repense par exemple à des exercices de passes : longues, courtes, claquées, remise en une touche, coup de pied, des passes au-dessus des mannequins. Au début je n’y arrivais pas mais Bielsa m’a encouragé à travailler. Avec le temps je réussissais sept passes sur dix. Alors qu’au départ c’était plus du 4/10. »

 

 

 

Comment vit-on le fait d’avoir très peu de chances d’atteindre son objectif (moins de 20 % des pensionnaires en centre signent un premier contrat pro à l’issue de leur formation), encore moins à l’OM ? Est-ce qu’on te prépare à ça à l’intérieur du centre ?

 

 

A.Sané« Ça dépend de ton mental.
Il y a plusieurs cas : il y a ceux qui veulent absolument devenir pros à l’OM. Ceux-là se mettent une pression de dingue ! Ça peut les tuer mentalement quand d’autres commencent à s’entraîner avec les pros. Et puis il y a ceux qui veulent devenir pro mais pas forcément à l’OM.

A l’OM, ils ne nous ont pas assez mis dans la tête qu’on pouvait voir autre chose que la Ligue 1. Par exemple pour moi qui était en CFA ensuite c’était Ligue 2 ou Ligue 1. Je ne pensais pas au National. J’ai fait cette erreur. Aujourd’hui, avec l’expérience, j’aurai dû aller en National. »

 

 

 
Et les agents, à quel âge as-tu été approché par un agent ? Est-ce que ça te rajoute une pression sur les épaules ?

 

A.Sané« À l’entrée au centre de formation, à 15/16 ans. Oui, ça rajoute une pression supplémentaire. Je n’aimais pas quand mon agent me voyait jouer. Mon agent après tous les matchs, il m’appelait. C’est dur. J’appréhendais ce moment. »

 

 

 

Est-ce que tu as vu des partenaires de formation, que tu estimais doué, ne pas réussir à percer ? Est-ce que tu en as vu d’autres prendre la grosse tête lorsqu’il s’approchait du groupe pro ?

 

 

A.Sané« Michel Araai était le meilleur de ma génération mais il n’a pas percé. Le fait que ça parlait tout le temps de lui, l’enchaînement des blessures dues son hygiène de vie ont freiné sa progression. Il a commencé à paniquer. Ce n’est pas facile quand tu sais que tu as des qualités et que tu ne retrouves plus ton niveau. Il faut être fort mentalement pour rebondir.

Au contraire, Zinedine Machach, qui était remplaçant de Michel Araai est devenu pro.

Je connais beaucoup de gens qui ont changé. La notoriété peut monter à la tête de certains. Par exemple Maxime Lopez, quand il a fait deux matchs en pro, il a changé ses fréquentations. Ce n’était plus le même. Il ne restait plus trop avec nous les jeunes. Il restait avec les joueurs pros. Mais en même temps c’est compréhensible. Il faut se projeter. Tu dois faire attention à ce que tu fais, à ce que tu dis. »

 

 

 

« Quand Bielsa m’a envoyé à l’échauffement face à Caen, je ne voulais plus entrer sur le terrain. J’étais inhibé par la pression… »

 

 

 
Qu’est-ce que tu penses de tout le bruit fait aujourd’hui autour de la signature de contrats pros de certains jeunes comme Lihadji ?

 

A.Sané« À partir du moment où tu es médiatisé, t’es obligé de passer par là. Il faut s’y faire. Il faut faire face à ça.
Le jeune peut prendre la grosse tête. Il peut se relâcher. Mais c’est une période qu’il faut surmonter. Un préparateur mental permettrait de le mettre en garde contre tout ça.

 

Je pense qu’il vaut mieux signer son premier contrat pro dans son club formateur parce qu’ils te connaissent déjà. Dans un autre club, tu peux être en difficulté le temps que les gens du club te connaissent.
À l’époque, Boutobba a réussi à faire abstraction des insultes, des critiques de tout ça. Il prenait uniquement en compte l’avis de sa famille et de ses agents. »

 

 

 
Quand tu as joué en pro, à Toulouse (en coupe de la Ligue en janvier 2016), as-tu ressenti une énorme différence de niveau par rapport à la réserve ? Les jeunes sont-ils conscients du niveau pro ?

 

A.Sané« Oui, la différence de niveau est énorme.
Lors des 15 premières minutes, j’avais une pression énorme. En CFA, les joueurs te pressent tout le temps, beaucoup d’impact, de contacts. Mais chez les pros, la maîtrise technique est plus importante. Tactiquement, c’est très exigeant. L’alignement, le replacement défensif, le fait de bien écarter pour te créer les solutions. Chez les jeunes, on avait conscience de l’énorme différence de niveau. »

 

 

 

Et dans ta tête en tant que Marseillais qui porte le prestigieux maillot de l’OM, comment tu le vis ? 

 

A.Sané« En tant que Marseillais, la pression la plus difficile à gérer est celle des supporters. Tu la ressens vraiment.
Les supporters ne laissent rien passer. À Marseille, je suis sûr et certain que la pression déstabilise certains joueurs, même les plus expérimentés. Alors que dire des jeunes…

 

Par exemple, quand Bielsa m’a envoyé à l’échauffement face à Caen (1ère journée de Ligue 1, 2015/2016), je ne voulais plus entrer sur le terrain. J’étais inhibé par la pression. Ça m’avait choqué. »

 

 

Tous propos recueillis par Azir Said Mohamed Cheik