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Une semaine aux Newell’s, le club de Marcelo Bielsa – Part 6

Par Mis à jour le - Publié le

 

 

Partie 6 : Au cœur du « Banderazo Leproso »

 

 

Matthieu Franceschi est allé à Rosario, en Argentine, pour découvrir les terres et le club de cœur de Marcelo Bielsa, les Newell’s Old Boys. A travers plusieurs chroniques, Matthieu nous fait partager son aventure hors du commun…

 

Jeudi 20 octobre 2016. C’est jour de « Banderazo ». Le bouquet final de mon séjour à Rosario. Je me lève bien évidemment très excité mais, mon retour vers Buenos Aires étant prévu dès le lendemain, je suis également conscient que c’est ma dernière journée avec mes frères « Leprosos ».

 

Dans la peau d’un « Leproso »

 

La météo matinale est très mauvaise avec du vent et de la pluie. Le « Banderazo » est programmé à 19h (heure locale). Comme tous les « Rojinegros », je n’ose imaginer un instant que le ciel vienne gâcher la fête. Les « hinchas » me donnent rendez-vous à 16h devant le stade. Le temps pour moi de flâner dans le centre de Rosario tout au long de la journée. En ce jour de « Banderazo », quoi de mieux que de porter une casquette de Marcelo Bielsa entièrement peinte à la main par l’un des membres des « Artistas Leprosos » et d’arborer le t-shirt le plus provocateur qu’il m’ait été offert pour titiller du « Sin Aliento » : « 1974 : Mi mayor orgullo, tu peor humillacion » (Ma plus grande fierté, ta pire humiliation).

 

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Explications… Le 2 juin 1974, Newell’s devient champion pour la première fois de son histoire en arrachant le match nul sur la pelouse de « Sin Aliento ». L’humiliation suprême. L’illustration du t-shirt représente le joueur Mario Zanabria grimpant au grillage du parcage visiteurs « Leprosos », après son but égalisateur dans les dernières minutes, but synonyme de titre.

 

La faveur du Vice-Président des Newell’s

 

L’heure de rendez-vous approche, je rejoins le stade. Un premier groupe rentre dans l’enceinte pour effectuer le bâchage de la populaire. Je reste pour ma part avec l’un des leaders. Il m’annonce : « Je veux que tu sois à la meilleure place pour vivre le Banderazo, je veux que tu sois sur la pelouse avec les joueurs ». Même si craquer des fumigènes avec eux en tribune ne m’aurait pas déplu, me retrouver sur le terrain reste en effet un emplacement exceptionnel. Cela me semble surtout invraisemblable !

 

Le stade est pour l’instant toujours fermé au public, nous marchons dans le complexe sportif. Nous discutons une nouvelle fois du passé glorieux du club en s’arrêtant devant les photographies accrochées sur l’une des façades du stade. Nous croisons alors le Vice-Président des Newell’s Old Boys, Cristian D’Amico. Le leader me présente et lui explique sa requête. La réaction du Vice-Président est immédiate. Il me tend la main et dit : « C’est toi le supporter marseillais de Twitter ! ». Comme évoqué dans l’une de mes précédentes chroniques, la diffusion de mes Tweets par la chaîne de télévision ESPN n’est pas passé inaperçue. Cristian D’Amico accepte de me faire vivre l’évènement de la pelouse et m’explique quelques consignes.

 

Un exemple de plus qui argumente l’accueil exceptionnel que j’ai eu la chance de recevoir à Rosario, des supporters jusqu’au club. Les argentins sont de nature très accueillants mais, bien évidemment, nos liens vis à vis de Marcelo Bielsa décuplent ce phénomène. Le club voit certainement en ma présence un excellent moyen de communication pour faire d’avantage connaître, en France et surtout à Marseille, les Newell’s Old Boys et son mythique « Banderazo ».

 

Le stade ouvre ses portes

 

L’heure approche. Le Vice-Président donne les consignes me concernant aux personnes de la sécurité du club. Dans un premier temps, je me retrouve dans une zone uniquement réservée aux journalistes, au pied de la tribune « Tata Martino ». La zone délimitée s’étend jusqu’aux abords de la ligne de touche de la pelouse. Le « Banderazo » est devenu très médiatique. De nombreux journalistes sont présents.

 

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Le stade Marcelo Biesla ouvre enfin ses portes. La pression monte en moi. J’ai du mal à réaliser le délire que je suis en train de vivre. D’immenses portraits des glorieuses figures historiques des Newell’s Old Boys son déployés : Marcelo Bielsa, Gerardo Martino, Lionel Messi, Diego Maradona, Cucurucho Santamaría (meilleur buteur de l’histoire des Clásicos Rosarinos, 11 buts), Mario Zanabria (buteur du titre de 1974), Juan Carlos Montes (entraîneur en 1974), José Yudica (champion avec trois équipes différentes) et Américo Gallego (Champion du Monde en 1978, entraîneur lors du titre de 2004).

 

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Pour se mettre dans l’ambiance, les premiers chants et les fumées des premiers engins pyrotechniques s’élèvent dans le ciel de Rosario. Plus de 20 000 supporters seront présents pour ce « Banderazo ». On peut déjà sentir la pression descendre des tribunes. Les télévisions commencent à prendre l’antenne, les journalistes commencent à se bousculer le long du cordon de délimitation pour avoir la meilleure place.

 

L’entrée des joueurs sur la pelouse

 

Il est 19h50, les joueurs font leur entrée sur la pelouse du stade Marcelo Bielsa. La première décharge de décibels avec les chants repris par tout le stade est impressionnante. Les « hinchas » commencent à craquer quelques fumigènes. Les joueurs font un tour d’honneur pour saluer les supporters. Un véritable instant de communion alors que le spectacle des tribunes n’a pas véritablement débuté.

 

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19h58. Cristian D’Amico, en personne, vient me chercher pour enjamber le cordon de sécurité et me faire sortir de la zone réservée aux journalistes. Je suis désormais au niveau des bancs de touche. Le Vice-Président m’explique une dernière fois que, dans quelques secondes, ça sera quartier libre et que je pourrai rejoindre les joueurs au centre de la pelouse pour vivre pleinement le « Banderazo ».

 

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Le stade Marcelo Bielsa plongé dans le noir

 

20h. Les quatre pilonnes du stade Marcelo Bielsa s’éteignent et plongent l’enceinte dans un noir profond accompagné d’une clameur de la foule. Je me mets à courir vers le rond central. Les tribunes commencent à s’embraser. Je ne sais plus où donner de la tête entre la volonté de vivre pleinement ce qu’il est en train de se dessiner devant mes yeux et la nécessité d’immortaliser le moment.

 

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Sur ma gauche, les fumigènes, accompagnés de chandelles, forment un nuage de feu pour faire apparaître la phrase du message confectionné les jours précédents en ma compagnie : « Matar al Sin Aliento ». Afin de colorer toutes les tribunes de milliers de lumières blanches, les « hinchas » brandissent leur smartphone.

 

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En face de moi, dans la grande tribune latérale, toute la largeur est exploitée pour faire fuir des chandelles vers le ciel pendant plusieurs minutes. Plusieurs fusées vont subitement exploser du cœur de la tribune pour former un véritable feu d’artifice.

 

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A droite, tribune où bat le cœur de la « hinchada », c’est un embrasement de fumigènes qui laissera ensuite place, là aussi, au bal des fusées. Un vrai spectacle de pyrotechnie. Les explosions des pétards et des bombes agricoles s’enchainent. Pendant ce temps, les chants ne cessent de suivre le rythme des « bombos ».

 

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Je me retrouve avec les joueurs

 

La scène va durer plus de cinq minutes. Époustouflant ! Abasourdi par ce que je viens de vivre, je me retrouve, une fois que les pilonnes du stade se rallument, avec les joueurs. La communion entre les joueurs et le peuple « Rojinegro » va encore continuer quelques minutes. Emmenés par leur capitaine Maxi Rodríguez, les « Leprosos » chantent avec les « hinchas », sautent, se poussent. Avec la décharge émotionnelle et le spectacle frissonnant qui s’est offert à eux, les joueurs ne peuvent qu’être gonflés à bloc pour le Clásico Rosarino !

 

 

Je vais profiter jusqu’à la dernière miette de la chance qui m’est offerte en accompagnant les joueurs jusqu’à leur sortie du terrain au pied de la tribune « Diego Maradona ». Pendant que le stade commence à se vider, je reste encore de longues minutes sur la pelouse. Je traverse le terrain pour rejoindre la tribune opposée et transmettre mon ressenti à ceux qui m’ont permis de réaliser ce délire hors du commun. Je lis sur leurs visages la joie de m’avoir fait vivre cet instant.

 

La fierté d’un peuple

 

Les « Leprosos » ont un grand sentiment de fierté pour leur « Banderazo ». C’est un rituel sans précédent dans le monde. Réussir à réunir 20 000 supporters un jour de semaine, dans un stade sans match, est une performance exceptionnelle. Pour comprendre ce que représente un tel évènement, il faut le vivre. Pour m’avoir permis d’assister au « Banderazo » de la pelouse, je serai toujours reconnaissant envers les « hinchas » et le club de Newell’s. Grâce à cela, j’ai pu me rendre compte de l’immensité de leur passion et comprendre l’importance du Clásico Rosarino. Je suis conscient d’avoir été un privilégié.

 

Fin de journée forte en émotions

 

Une fois de plus, après avoir quitté le stade Marcelo Bielsa, la journée va se terminer avec un énième « parrillero ». Direction « Barrio Saladillo » au sud de Rosario. Au menu, « chorizo » (saucisse), bières et surtout de longues discussions autour du « Banderazo », de ma semaine à Rosario qui se termine… et de Marcelo Bielsa. L’un d’entre eux me dit : « Nous sommes unis à vie grâce à Marcelo Bielsa ».

 

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Il est 2 heures du matin. Ma dernière soirée en compagnie des « Leprosos » touche à sa fin. Je partage les derniers instants avec ceux qui m’ont permis de passer une semaine exceptionnelle en me faisant connaître leur club et leur passion tout en m’ouvrant leur cœur. Après de longues embrassades et des ultimes mots forts, je quitte, les larmes aux yeux, les frères « Leprosos ». Aucun mot ne peut véritablement retranscrire la décharge émotionnelle de cette fin de journée si particulière.

 

Victoire de Newell’s, 8 ans après…

 

Je quitte Rosario la boule au ventre le vendredi 21 octobre pour rejoindre Buenos Aires. L’avion de mon retour est programmé le dimanche 23 octobre à 12h. Je suis en vol à l’heure du Clásico Rosarino. Comble du hasard, à la même heure, en France, se joue le choc PSG vs OM. J’apprends les résultats des deux matchs seulement à la sortie de l’avion. Après dix défaites consécutives, l’OM arrache le nul à Paris. Après huit années sans victoire, Newell’s gagne sur la pelouse de Sin Aliento 1 à 0, un but du capitaine Maxi Rodríguez… à la 92ème minute ! Jouissif !

 

 

Après tout ce que je viens de vivre, j’aurais aimé partager ces moments de joie avec les « Leprosos » dans les rues de Rosario. Un véritable regret, d’autant plus que la fête a duré plusieurs jours ! Les « Sin Aliento » devaient se cacher en ville !

 

Très superstitieux, les amis « Leprosos » m’ont dit que je leur avais porté chance en foulant la pelouse pendant le « Banderazo ». Sur Twitter, j’ai également reçu quelques messages d’anonymes : « Tu es la bénédiction de Marcelo Bielsa qui a coupé la malédiction. Merci, Monsieur Franceschi ». L’histoire d’une semaine à Rosario qui finit magnifiquement bien…

 

Une aventure inoubliable !

 

J’ai vécu quelque chose d’exceptionnel. J’en suis conscient. J’ai découvert une ville et un club à la passion démesurée. J’ai découvert un peuple accueillant. J’ai découvert les terres de Marcelo Bielsa. Malgré mon admiration pour l’homme à travers son passage à l’Olympique de Marseille, j’étais loin d’imaginer ce qu’il représentait pour ces milliers d’« hinchas », toutes générations confondues. Marcelo Bielsa est une icône en son pays, pour le sportif, mais surtout pour sa philosophie et tout ce qu’il a apporté aux Newell’s Old Boys et aux « Leprosos ».

 

Ce moment unique, j’ai pu le vivre grâce à Marcelo Bielsa qui m’a donné l’envie de venir connaître sa terre natale et son club de coeur. J’espère qu’à travers mes chroniques, mes émotions « vécues » en Argentine sont devenues vôtres. Marcelo Bielsa nous l’a assez répété pendant son passage à Marseille. Transmettre des émotions est l’essentiel dans le football. C’est aussi l’essentiel pour la relation entre les hommes, entre les peuples.

 

Depuis mon départ, je suis en contact permanent avec les « Artistas Leprosos ».
Une véritable histoire d’amitié est née.
Je ferai le maximum pour la faire perdurer.

 

Olympique de Marseille.
Newell’s Old Boys.
Marcelo Bielsa.

 

Matthieu Franceschi

 

Partie 1 : Newell’s Old Boys, histoire et lexique

Partie 2 : Les « Artistas Leprosos », hinchas et artistes !

Partie 3 : Le stade Marcelo Bielsa, un lieu de vie pour les socios !

Partie 4 : Jour de match des Newell’s au Stade Marcelo Bielsa

Partie 5 : Histoire et préparatifs du « Banderazo Leproso »

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