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Dossier : Violences, garde à vue, IdS, une journée en enfer pour un supporter de l’OM

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Illustration CRS / Supporters Marseille - 20.09.2015 - Marseille /

 

Le mouvement ultra n’a plus la côte en France… surtout du côté des décideurs politiques. Pour s’en persuader, il suffit de constater l’explosion du nombre d’arrêtés préfectoraux interdisant le déplacement des supporters adverses depuis la saison 2011/12. L’Association Nationale des Supporters a ainsi comptabilisé entre 2011 et 2016 un taux de croissance dans ce secteur de 7 000% ! Et autant vous le dire tout de suite, les préfets et ministres n’ont pas perdu le rythme depuis, bien au contraire.

 

 

Le moindre écart de groupes de supporters est sur-médiatisé et entraîne des sanctions lourdes. L’histoire est souvent racontée du point de vue des pouvoirs publics. Nous vous proposons ici l’autre version, celle d’un supporter marseillais qui a vécu une soirée en enfer en Mai 2016 alors qu’il partait juste pour encourager son équipe…

 

 

 

PSG/OM, finale de Coupe de France

 

 

 

Mai 2016: l’Olympique de Marseille Michelo-passieque fait peine à voir jouer lors de l’entièreté de la saison 2015/16. Pourtant le club phocéen finit par décrocher une ultime chance de sauver sa saison en se qualifiant pour la finale de la Coupe de France contre son grand ennemi parisien, le 21 Mai 2016.

 

 

Julien*, la vingtaine, abonné depuis plusieurs années en Virage au Vélodrome a décidé de monter à Paris avec son groupe référent pour rêver à l’impossible exploit. Parti de la Gare St Charles à 23h00 la veille du match, il avale les 12 heures de trajet sans soucis dans la bonne humeur. « Ce genre de déplacement, c’est un mélange de tout mais tu te régales ! Même les gens que tu connais pas dans le bus, après le voyage, t’as l’impression d’être parti deux semaines avec eux en colonie de vacances » contextualise t-il.

 

 

Arrivée à Saint-Denis le lendemain matin, 11h00. Le bus est vidé, les supporters fouillés : RAS. Il rentre dans le Stade avec son groupe, aide à préparer le tifo, la bâche : RAS bis. Une fois les préparatifs terminés, il ressort du stade et regagne la zone qui leur était réservé, il nous l’a décrit « comme une espèce de parcage mais à l’extérieur avec bar, restaurant, etc. » Là où leur bus s’était garé, précision importante pour la suite de l’histoire. Des supporters parisiens passent de temps en temps, le ton monte mais le tout reste sous contrôle. « Au final, une bonne après-midi entre collègues » décrit-il.

 

 

Les premières failles dans l’organisation se font malgré tout déjà remarquées. Julien a un ami qui vit à Paris, vers 18h30. En compagnie d’autres supporters marseillais (4), il part le rejoindre et sort du parcage « comme on sort d’une poste. »

 

 

Le petit groupe (6 personnes) finit par rentrer dans le Stade, voit le match et en ressort 90 minutes et 4 buts encaissés plus tard. Affamés, ils décident de repartir dans le « parcage extérieur » à la recherche d’un sandwich. Ils le trouvent, digèrent leur déception et se décident à regagner leur bus mais surprise, il a été déplacé. Où ? Grande question…

 

 

 

« Un groupe de 40 supporters parisiens tous écharpés nous tombent dessus »

 

 

 

Il est 23h00 passé, il est plus que temps de regagner le bus et de quitter la capitale. Impossible de le retrouver. Le réflexe naturel est de demander aux forces de l’ordre, présentes en nombre pour assurer la sécurité, le nouvel emplacement. Ils devaient forcément savoir mais ne semblaient pas avoir envie de communiquer l’information, « ils nous ont baladés, on sait pas pourquoi » détaille Julien. Ils errent plus d’une demi heure aux alentours du Stade de France. Un premier groupe de policiers leur indique une direction, un autre leur fait rebrousser chemin.

 

 

Les insultes commencent à fuser vers le petit groupe tout de bleu et blanc vétu… Ce qui devait arriver arriva. « C’est arrivé à toute vitesse, mon collègue devant moi se prend une droite, un groupe de 40 supporters parisiens tous écharpés nous tombent dessus. On a pris ce qu’on devait prendre… » Les coups pleuvent sur le petit groupe qui se dissout dans la panique, l’un d’entre eux partant dans la mauvaise direction. En sang, habits déchirés, ils continuent de rechercher cette saleté de bus en demandant tout azimuts. Les forces de l’ordre ne sont toujours pas plus coopérantes. C’est finalement une famille parisienne qui leur indique l’endroit.

 

 

Lorsqu’ils rentrent dans le bus, c’est la stupeur chez le reste des supporters olympiens qui voient leurs membres revenir en sang. Spontanément, ça sort de tous les bus et ça s’excite sur la terrasse du café jouxtant le parking improvisé. Une erreur qui va coûter cher à Julien et ses potes.

 

 

À 14 dans une cellule de 9m²

 

 

Une femme présente sur les lieux ainsi que le patron du bar sélectionnent, un peu au hasard, les coupables des agissements sur la terrasse. Vu l’état vestimentaire et physique de Julien, il est forcément inclus dans le lot des coupables alors qu’il était en train de se remettre de sa ballade parisienne dans le bus au moment des événements.

 

 

Une quinzaine de supporters marseillais sont menottés et envoyés en garde en vue. Ils passent la nuit dans un premier commisariat avant d’être transférés le lendemain matin à 8h00 au commisariat de La Plaine Saint-Denis. « On nous a entassé dans une cellule de 9m² pleine de merde, de sperme, de trucs bizarres… Je pense que c’était pour nous faire chier plus qu’autre chose » pense Julien.

 

 

Un par un, ils passent des auditions. Julien se souvient d’un entretien détendu avec un policier fan de l’ASSE qui lui lance sur le ton de la rigolade : « Vos deux clubs-là, moi, je m’en tape un peu ! » Il lui explique tout de même qu’à quelques semaines de l’Euro 2016, ils ne peuvent pas laisser passer ça et qu’il leur faut des coupables. Les nerfs des supporters marseillais incarcérés sont mis à rude épreuve puisqu’en plus de la promiscuité de la cellule (14 dans 9m²), certains policiers s’amusent à « snaper » les détenus.

Tout le monde est finalement libéré à 19h30 sans charges.

 

 

Et au fait, vous vous souvenez de l’ami de Julien parti dans l’autre sens au moment de l’attaque ? Il a été poursuivi pendant 45 minutes par le groupe parisien, se cachant sous des voitures, derrière des arbres… Il raconte également avoir croisé deux policiers sur la route qui lui auraient simplement répondu « On ne peut rien faire pour toi. » Finalement il fut sauvé par un simple parisien en voiture qui l’a attrapé et l’a vite déposé à la gare. Dans l’attente d’un billet de train, il retrouva une cinquantaine de supporters marseillais dans le même état que lui, en sang, habits déchirés. Il précise même qu’il y avait entre autres des pères avec leurs fils dans le tas.

 

 

Après le calvaire, l’interdiction de stade !

 

 

« Trois semaines plus tard, j’étais au travail et mon patron vient vers moi et me chuchote à l’oreille : il y a la gendarmerie pour toi à l’entrée… Ils me remettent un document provenant de la préfecture des Bouches-du-Rhône attestant d’une interdiction de stade d’un an ! » se souvient Julien. « Franchement, j’étais surpris puisque l’on avait tous signé un document avant d’être relâché expliquant notre innocence. »

À quelques semaines de l’Euro, il fallait des coupables, quelque soit leur identité…

 

 

Il aura la présence d’esprit mais surtout le temps d’aller contester les faits à la préfecture qui révoquera son interdiction de stade. L’un de ses amis ayant un emploi du temps professionnel plus chargé n’en aura pas eu l’occasion. Il aura donc passé la saison dernière à pointer au commissariat à chaque match de l’OM pour être tombé dans un guet-apens, avoir été détenu dans des conditions scandaleuses et n’avoir été coupable d’aucun délit…

 

  • * Le prénom a été modifié afin d’assurer l’anonymat de notre interlocuteur

 

Dossier « Quel futur pour les groupes de supporters dans l’OM champions Project ? » 

 


Article I : Augmenter le prix des abonnements en virages, mauvaise idée commerciale ?


 


Article II : ITW : « Le match au stade n’est pas un simple divertissement pour des clients »


 


Article III : Attirer en loges grâce aux Virages ?


 


Article IV : ITW  : « Pas sûr qu’augmenter le prix des places soit la bonne stratégie… »


 


Article V : Violences, garde à vue, IdS, une journée en enfer pour un supporter de l’OM


 


Article VI : ITW : « Il est impossible pour un club d’essayer d’écarter durablement ses propres supporters »


 

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