À l’occasion de notre émission spéciale consacrée aux dix ans de Frank McCourt à l’OM, un chiffre résume une bonne partie du problème sportif marseillais : 12 entraîneurs utilisés en dix ans, intérimaires compris. Une instabilité permanente qui, selon Nicolas Filhol et Jean-Charles De Bono, a empêché le club de construire une vraie continuité sportive.
Une durée de vie moyenne d’environ dix mois
Depuis l’arrivée de Frank McCourt, l’OM a vu défiler Rudi Garcia, André Villas-Boas, Nasser Larguet, Jorge Sampaoli, Igor Tudor, Marcelino, Gennaro Gattuso, Jean-Louis Gasset, Roberto De Zerbi, Habib Beye, Bruno Genesio et plusieurs solutions intérimaires.
Dans l’émission, Benjamin Courmes résume le constat :
« On a utilisé 12 entraîneurs. Ça, c’est en comptant les intérimaires. 12 entraîneurs en 10 ans. La durée moyenne de vie d’un entraîneur à l’OM, c’est 10 mois. »
Un chiffre d’autant plus marquant que Rudi Garcia, Villas-Boas et De Zerbi font partie des rares techniciens à avoir réellement dépassé une saison complète.
De Bono : « Il n’y a aucune fondation créée »
Pour Jean-Charles De Bono, cette rotation permanente empêche tout simplement la construction d’un projet durable.
« Quand tu changes autant d’entraîneurs, que tu ne te positionnes pas sur un entraîneur qui peut avoir une durée, une stabilité, parce que ça part déjà de là, ce sont des fondations… Pour moi, il n’y a aucune fondation qui a été créée depuis ces dix dernières années. »
L’ancien joueur de l’OM insiste sur la difficulté de bâtir quelque chose lorsque certains coaches ne restent que quelques mois.
« Quand on voit tous ces noms, on se dit : comment on a pu faire ça ? Comment aujourd’hui on peut avoir des résultats sportifs avec des entraîneurs qui arrivent, certains pour quelques jours, d’autres qui durent trois mois, deux mois et repartent ? »
Une problématique qui s’inscrit dans un bilan global déjà compliqué, avec cinq défaites consécutives qui ont récemment replongé l’OM dans une période de forte tension sportive.
Des choix sportifs totalement opposés
Nicolas Filhol insiste surtout sur un autre aspect : les profils choisis ont souvent eu des philosophies radicalement différentes.
« Ce qui caractérise le fait d’avoir autant changé d’entraîneur, c’est surtout qu’ils ont un style de jeu souvent très, très différent. »
Il prend plusieurs exemples :
« On a eu Rudi Garcia… derrière Villas-Boas, ultra réaliste. Tu enchaînes avec Sampaoli, grosse possession de balle. Derrière Igor Tudor, peut-être le football le plus sympa qu’on ait eu. »
Autrement dit, chaque changement d’entraîneur a souvent impliqué un nouveau projet, de nouvelles exigences et parfois un nouvel effectif.
Le symbole d’un projet qui n’a jamais vraiment duré
Pour De Bono, même les entraîneurs présentés comme des choix structurants n’ont pas réussi à inscrire leur travail dans le temps.
« Roberto De Zerbi, il y a deux ans, c’était vraiment l’avenir du club. C’était celui qui devait ramener une mentalité, un football incroyable. Mais au final, je vois qu’il y a quasiment aucun entraîneur qui a mis sa vraie patte sur ce club et donné une vraie conduite sportive. »
Douze entraîneurs en dix ans : au-delà du chiffre, c’est surtout l’absence de ligne directrice qui ressort du bilan. Et pour l’OM, le véritable enjeu avec Bruno Genesio sera peut-être enfin de réussir à installer une stabilité qui a presque toujours manqué sous l’ère McCourt.