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OM – Briot : « Le Vélodrome sera bientôt rempli de consommateurs… »

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Stade Vélodrome
Stade Vélodrome

Made In Mars – MATTHIEU FRANCESCHI – Tifos… par FootballClubdeMarseille

 

 

 

Le 26 mai prochain sort le livre intitulé « Vélodrome, Le douzième homme. » À cette occasion, Lionel Briot, photographe professionnel et supporter de l’OM, a accepté de répondre aux questions de Football Club de Marseille au sujet de la promotion de son livre, son regard sur le supportérisme à Marseille et la crainte d’un modèle de spectateur « consommateur ». Entretien.

 

 

 

Lionel Briot_04

© Lionel Briot

 

 

 

Lionel Briot, une petite présentation personnelle ? Pourquoi ce livre ?

 

 

 

Lionel Briot : Je suis photographe, c’est déjà bien (rire). Je suis Marseillais, et mon histoire avec l’OM démarre avec des souvenirs d’enfance, comme beaucoup de Marseillais, je suppose. À l’époque des Skoblar et Magnusson, on pouvait se faufiler derrière les adultes pour entrer dans le stade. Entre mon enfance et 1996, date à laquelle j’ai pris ma première photo en virage, il s’est passé du temps. J’ai eu un parcours assez éclectique dans lequel j’ai eu l’opportunité de visiter beaucoup de pays. J’avais besoin de me redonner une identité marseillaise, d’être dans l’action. J’ai beaucoup travaillé dans des studios, c’est très bien, on est posé. Mais finalement, je voulais sortir de ce milieu et me confronter de nouveau à l’humain.

 

 

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Parlez-nous un peu de votre expérience personnelle au Stade Vélodrome…

 

 

 

L. B. : J’ai connu le stade à toutes les époques, les trois stades, avec des périodes où je n’y allais pas pendant quelques années… Revenir dans le milieu des années 90 était une époque favorable, on venait de gagner la Coupe d’Europe. J’y allais entre collègues, à l’arrache dans les virages de l’ancien Vélodrome quand c’était possible. Puis avec le recul lié à mon âge, j’ai remarqué que je prêtais beaucoup plus attention au public, à l’émotion, à la magie. Ça fait un peu nostalgique, parler de « movida », de mouvement populaire… J’ai essayé d’utiliser mon appareil photo dans les virages pour faire un « témoignage. » À l’époque, il n’y avait pas de téléphone portable, donc pas de selfies et toutes ces conneries (sic). Amener un appareil photo dans un virage, ce n’était pas très courant.

 

 

 

Votre livre « Vélodrome – Le douzième homme » sortira le 26 mai prochain. Nostalgie de la victoire en 1993 ou pur hasard ?

 

 

 

L. B. : Je ne suis pas à l’initiative de ça, ça relève plutôt du domaine éditorial. Je ne pense pas que ce soit un hasard, mais plutôt un petit clin d’œil. Il était prévu que le livre sorte dans cette période qui coïncide également avec l’Euro 2016. Mais c’est évident que le 26 mai est une date mythique.

 

 

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Lionel Briot : « On est plus sur une dimension de football spectacle, avec tout le pognon que cela implique »

 

 

Pouvez-vous nous décrire, de votre point de vue, l’évolution des supporters dans les stades depuis 10 ans ?

 

 

 

L. B. : Je ne suis pas sociologue. Mais de mon ressenti, le stade est à l’image de la société. Le football en lui-même a changé, le côté ludique a disparu. On est plus sur une dimension de football spectacle, avec tout le pognon que cela implique. Quand j’étais petit, il y avait de la magie et les joueurs restaient accessibles. J’aimais bien l’idée que le football était un sport populaire, avec une notion de partage qui s’est développée avec le mouvement ultra, notamment lors des années Tapie. Pour moi, aujourd’hui on a perdu cette magie, l’aspect fête populaire. Mais les raisons, on les connaît. La transmission d’une passion de génération en génération, qui se fait la plupart du temps par la famille, se perd petit à petit. Pour ma part, cela n’a pas été le cas car dans mon milieu, on n’était pas branché foot. Mais heureusement qu’à Marseille, il y a encore cette foi. En ce moment, le contexte est défavorable, peut-être pas le pire de l’histoire, mais pas loin. Le changement de génération, parfois ça fonctionne, mais pour la génération actuelle, il y a eu une évolution exponentielle, notamment avec le numérique. Quand je vais au stade, je ne vois que des bras levés, mais ce n’est même plus pour encourager, mais pour prendre des photos avec ces espèces d’objets greffés à la main (sic). La société change, le foot a changé, l’ambiance également. Là-dedans, je ne vois pas trop ce qu’il y a de positif, au risque de tomber dans la nostalgie du « c’était mieux avant » et d’enfoncer des portes ouvertes. Mais c’est ce que je ressens très fort. La passion se crée, ce n’est pas rationnel. Pour aimer l’OM, il faut être porté par quelque chose. Pour tout vous dire, je suis retourné récemment au stade, je ne vibre plus. Vous savez, j’y crois encore, on ne peut pas imaginer que tout soit enterré. Ce ne sera plus comme avant, c’est une certitude. Mais on peut retrouver cette ferveur populaire, cette ferveur latine qu’on retrouve en Espagne, en Italie ou encore au Portugal… Il ne faut pas s’empêcher de rêver.

 

 

 

Le monde des ultras perd progressivement du pouvoir et des libertés. Au PSG, les ultras ont même disparu. Peut-on vraiment dire que les supporters ont été remplacés par des « consommateurs » ?

 

 

 

L. B. : On peut le dire, en effet. On est vraiment dans une société de consommation, et ce n’est pas moi qui l’affirme. Hélas, le stade n’a pas été préservé de ce fait. Ce qui est terrible, c’est que ça a même atteint les virages et, par ce biais, le mouvement ultra, cette ferveur, cet enthousiasme. Le peuple latin a sa propre identité, mais moi qui ai fait pas mal de stades d’Europe, je suis allé en Angleterre, en Suisse et j’y ai vu des stades aseptisés, des « stades de spectacle. » La consommation tue l’irrationnel, le sensible, la ferveur et engendre des supporters qui sont des moutons. Je vois des gens prendre des milliers de photos avec des objets, ils les partagent sur les réseaux sociaux, ça circule dans des tuyaux pour rien au final. À l’époque où j’ai connu le mouvement ultra, tout était incontrôlable. Bien évidemment, il pouvait y avoir des débordements, mais ça fait partie de la condition humaine à mon sens. À Marseille, on est vraiment dans l’envie de se mélanger, de délirer avec son voisin. Mes travaux sont un peu un témoignage de cette époque, même si ça n’en était pas le but au départ.

 

 

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Lionel Briot : « On a tendance à vouloir lisser et aseptiser Marseille »

 

 

 

En cas de vente de l’OM, que vont devenir les supporters à Marseille ? Est-il possible de remplir un stade de « consommateurs » comme par exemple Paris et son Parc des Princes ?

 

 

 

L. B. : Je dirais non. Je suis Marseillais et j’ai envie de croire qu’on a toujours été à part. Si ça arrivait, ce serait dramatique. À mes yeux, il faudrait encore une ou deux générations de plus pour que cela se produise. Mais encore une fois, le stade est une expression populaire, et si le peuple devient majoritairement « consommateur », le stade sera bientôt rempli de « consommateurs ». Ceci dit, la ville a changé également. On a tendance à vouloir la lisser, l’aseptiser. Les grands projets urbains, dont le nouveau Stade Vélodrome, transforment les gens indirectement, même si le Vélodrome reste la maison des Marseillais. Personnellement, je n’aimais pas l’ancien stade ouvert aux quatre vents. Le premier stade, je l’ai aimé car c’était celui de mon enfance. Le nouveau est magnifique et colle avec tout ce qu’est devenu le football aujourd’hui.

 

 

 

L’OM va affronter le PSG en finale de Coupe de France ce samedi. N’est-ce pas finalement un symbole de la rencontre entre deux modèles de supportérisme : celui du mouvement ultra et celui du supporter « consommateur » ?

 

 

 

L. B. : Pour les médias, c’est vendeur. C’est tellement évident. Cette finale ne me fait tellement pas vibrer que je la vois comme un simple match de foot. Pour moi, c’est presque facile de tomber dans le cliché. Je n’ai pas trop envie de parler de symbole. Mais je souhaite que la foi et la ferveur des Marseillais qui monteront à Paris soient intactes. Dans les tribunes, je peux croire à cette idée de symbole. Pour le reste, je mets l’OM et le PSG dans le même panier, même si on n’a pas la même tirelire qu’eux.

 

 

 

Un message personnel à adresser ?

 

 

 

L. B. : J’aimerais citer une phrase de Depé : « Les joueurs et les dirigeants passent, les supporters restent. » Tout est dit et ça peut être la conclusion. Les supporters viennent encore au stade et on espère qu’ils y resteront encore longtemps.

 

 

 

Propos recueillis par Bryan Gironis

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