Enième crise à l’OM, après l’entraîneur, c’est le directeur sportif qui s’en va. Tout le marigot marseillais est en émoi. Certains, souvent loin du stade, récitent le classique couplet de la trop grande véhémence (vraiment ???) des supporters, d’autres partent sur l’hypothèse des traditionnels affrontements internes de saison et chacun se dit, main sur le cœur et regard désolé, que tout ça doit cesser. Scène olympiquement familière.
Et pourtant, ça recommencera d’ici six, douze, dix-huit mois (rayez à postériori la mention inutile). Ainsi va l’OM.
Même si un peu partout l’heure est à l’autopsie du “projet à 3 ans”, laissez-nous plutôt tenter un bilan de santé mentale à long terme. Car l’instabilité à Marseille ne date pas de Longoria, ni même de McCourt, elle remonte à beaucoup plus loin.
C’est l’histoire du club, ce sont les intenses mais courtes périodes de gloire suivies de crises profondes voire de crises profondes entremêlées dans les périodes de gloire.
L’afflux émotionnel, seule richesse durable de l’OM
Prenez les deux entraîneurs les plus capés de l’histoire du club, Mario Zatelli et Gérard Gili, qui font chacun leur plus de deux-cents matchs étalés sur des décennies plutôt glorieuses (1964-73 et 1988-97), vous pensez qu’ils ont fait leur passage dans le calme et la stabilité ?
Bien sûr que non, il aura fallu quatre épisodes à Zatelli pour être le recordman et trois à Gili pour être son second. Enfin, trois… Disons qu’il y eut une parenthèse de quelques matchs fin 1994 lors de laquelle l’enfant de Château Gombert fut rappelé par Bernard Tapie pour aider l’équipe en D2. Sauf que Tapie devait laisser sa place quelques semaines plus tard à Pierre Cangioni qui expliquait alors à Gili que son contrat n’avait pas été homologué. Cangioni voulait bien faire un contrat à Gili mais n’avait plus assez d’argent pour son adjoint qui avait tout plaqué à Montpellier pour venir à Marseille, un certain Jean-Louis Gasset. Qui finira par entraîner l’OM, trente ans plus tard. Et vous voudriez que ce club soit stable, calme ?
Est-ce même souhaitable ?
Reprocher à l’OM ses supporters abrasifs ou ses médias fascinés, c’est lui reprocher son cœur et sa langue. La seule chose stable à l’OM, quelque soit l’époque, quelque soit le président, quelque soit ses joueurs, c’est l’émotion autour de cette structure immatérielle. C’est sa seule richesse durable.
Un afflux émotionnel surpuissant qu’il faut savoir gérer pour réussir à Marseille. Ça monte très haut, ça descend très bas, le delta entre les deux est vertigineux.
L’équipe 2025/26 l’illustre d’ailleurs à merveille avec sa palanquée de matchs enthousiasmants jusqu’à la 85’ avant de tout perdre dans les ultimes instants. Il y a eu un manque de contrôle des émotions à tous les étages de ce “projet à 3 ans”. Il a trop joué avec le paquet d’allumettes. Comme tant d’autres avant lui.
À Marseille, le challenge est toujours le même : la bonne gestion de cet afflux émotionnel. Après, il y a des défis sportifs plus ou moins élevés, des recrues plus ou moins enthousiasmantes mais toujours ce challenge. Attirant tellement attirant.
Ça vous donne des ailes mais attention le soleil, ça brûle.
Roland Gransart, qui a tout connu à Marseille de Marius Trésor partenaire sur le terrain aux déplacements en D2 dans un club en liquidation judiciaire, racontait ainsi à propos de Jean Carrieu, tout frais nouveau président du club en 1981 : “Un jour Carrieu qui était toujours très souriant, très aimable arrive à l’entraînement et me dit d’un air enjoué : “Roland, tu sais qu’on m’a reconnu au feu rouge au volant de ma voiture ?” Alors sans vouloir être rabat-joie, je lui ai répondu : “attention, ce n’est pas vous que l’on reconnaît, c’est l’OM”” Même s’il avait aussi d’autres soucis, Jean Carrieu finira par se suicider en février 1987. Vertigineux.
Mourad Aerts