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OM Next Gen’, trois ans après, à quoi ça sert vraiment ? (Dossier FCM)

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Second article de notre dossier consacré à la formation à l’Olympique de Marseille. Focus aujourd’hui sur le fameux projet « OM Next Generation », si souvent vilipendé. À bon escient ? 

 

 

Dire que les anciens dirigeants de l’Olympique de Marseille croient peu dans le dispositif de la bande à JHE est un doux euphémisme. Pour s’en convaincre, il suffit par exemple de se replonger dans la déclaration cinglante à ce sujet de José Anigo.

 

« J’ai vu que l’OM avait entrepris une tournée des clubs au niveau du foot amateur pour les aider et faire des partenariats afin que les meilleurs puissent rejoindre l’OM. Mais je n’y crois pas un seul instant ! Premièrement, personne ne le dit, même si on ne l’a jamais étendu comme c’est le cas aujourd’hui, ça a été fait il y a longtemps à Marseille. Je reste convaincu que personne ne pourra convaincre un père ou une mère de ne pas mettre son enfant ailleurs même s’il y a un partenariat. D’ailleurs, si vous regardez bien, il y a des partenariats avec beaucoup de clubs dont le Burel et ça n’empêche pas les joueurs de ce club de partir pour des structures comme Monaco, Nice ou Montpellier. Le partenariat sert à quoi alors ? Regardez Air Bel, c’est le plus gros vivier de jeunes à Marseille, mais il n’y a pas d’accord avec l’OM. Pourquoi ? Je pense déjà que les conditions ne sont pas réunies mais je pense aussi que le club veut garder sa liberté. Si les parents choisissent de mettre leur fils à Monaco, peu importe le partenariat, ça ne se fera pas. Il y a toujours de très bons joueurs qui passeront comme Boubacar Kamara ou Maxime Lopez mais il faut que ça se fasse naturellement. Les partenariats, pour moi, c’est du folklore, de la musique, du blabla ! On veut montrer qu’on fait mais au final, on ne fait rien. »
José Anigo – Source : Actufoot, novembre 2018

 

Quelque soit le détracteur du projet, le même grief revient invariablement : on ne peut pas forcer un parent à faire signer son fils là où il ne veut pas, ipso facto, tout le reste c’est du bidon, « du blabla » comme le dit Anigo, ou « de la comm' » comme le disent généralement tous les autres.

 

Alors que la mécanique Next Gen’ est en route depuis bientôt trois ans n’a t-elle réellement rien apportée à la formation du club et à ses partenaires amateurs ? 

 

 

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une détection mieux organisée, un dialogue plus fluide !

 

 

Vous pouvez essayer mais il vous sera difficile de trouver un responsable de clubs partenaires dire du mal de l’initiative « OM Next Gen. » Alors bien sûr, il y a les dotations qui expliqueront cela pour les plus cyniques, mais il semblerait (pour les plus candides ?) qu’une véritable relation de confiance se soit tissée entre le tout puissant club professionnel et les plus modestes artisans de la riche vie footballistique de la région. 

 

 

« C’est pas uniquement une dotation en début de saison. Tous les clubs sont en contact permanent avec l’équipe qui gère l’OM Next Gen. Ça peut être une fois par semaine, par moment, ça peut même être tous les jours. Au téléphone, par mails, au sujet d’une détection, d’un joueur blessé… On peut même éventuellement demander dans le cas d’un blessé chez nous s’il est possible de voir un médecin de l’OM. Il y a un vrai accompagnement, un vrai dialogue principalement avec Franck Borelli, le responsable du projet et toute son équipe. Les échanges vont d’ailleurs dans les deux sens. Avant le dialogue n’était pas aussi fluide, on ne savait pas à qui s’adresser. Tout le monde était un peu responsable. »
Mendil Aziz, directeur sportif au FC Malpassé – Source : FC Marseille

 

 

Cette communication (privée) accrue est le plus efficace des radars pour l’OM afin d’améliorer sa détection des jeunes de la région, l’objectif annoncé du programme. Les clubs partenaires sont tenus de signaler les éléments prometteurs à l’OM et doivent aider à établir le contact avec la famille. Si nécessaire, ils peuvent même le cas échéant signaler à l’OM un joueur intéressant évoluant dans un club « non partenaire. » 

 

Attention cependant tous les clubs n’ont pas les mêmes profils ni les mêmes objectifs (ni d’ailleurs les mêmes conventions) avec ce partenariat.

 

Le Burel FC (club formateur de Maxime Lopez) et l’AS Busserine (qui a envoyé des joueurs dans toutes les catégories d’âge à l’OM) poursuivent par exemple des stratégies diamétralement opposés concernant leurs licenciés.

 

 

« C’est peut-être orgueilleux de le dire mais le Burel n’avait pas besoin de l’OM pour exister à Marseille. Le club est déjà une place forte de la pré-formation marseillaise. En revanche, on n’a besoin que l’OM nous laisse travailler sereinement et qu’ils ne viennent pas piller notre fond de commerce, comme ils le faisaient auparavant.
Le partenariat a mis un cadre. Désormais, théoriquement, ils ne peuvent pas récupérer un de nos joueurs avant l’âge de 14 ans. Avant, ils n’hésitaient pas à recruter les petits quand ils avaient 7-8 ans, en nous contournant, en passant par les parents. On a réussi, plus ou moins, à enrayer ce phénomène. Plus ou moins car il y a eu quelques manques de leur part. Pour l’instant, en trois ans de partenariat, ils n’ont récupéré aucun garçon de 14 ans. Mais ils ont récupéré, 4 ou 5 gamins d’âge en dessous, contrairement à ce qui était convenu. Ça s’est fait de façon un peu sournoise. Et ils le savent. Par peur de voir ces gamins leur échapper, ils ont préféré mettre en danger le partenariat que nous unit.  Par rapport à ces péripéties, j’ai préféré quitter mon rôle de référent même si je crois toujours en ce projet. J’ai fait part de ces dysfonctionnements à M.Larguet. Il s’est engagé afin que ces choses n’arrivent plus. »
Serge Obré, directeur sportif Burel FC – Source : FC Marseille

 

 

« Le fait qu’il y ait une dizaine de joueurs issus de la Busserine à l’OM joue beaucoup auprès des 300-350 petits qu’on a chez nous. Maintenant, la majorité veut aller à l’OM. Ils savent que c’est dur mais ils en rêvent, plus qu’avant. La première envie de nos jeunes :  c’est signer à l’OM. Dans le partenariat, il n’y a pas de limite d’âge dans le recrutement de l’OM. On ne bloque pas les petits. Si un petit doit partir à 6 ans, on le laissera partir. C’est le rêve de tout le monde. »
Ibrahim Olier, éducateur à l’AS Busserine – Source : FC Marseille

 

 

Ces deux exemples démontrent l’utilité des partenariats au niveau de la détection. La convention permet d’un côté (en théorie) de protéger le club de quartier et d’un autre, elle ouvre une voie royale aux talents du « petit » club vers le gros.

 

 

 

des clubs « modelés »  ou encouragés à mieux bosser ?

 

 

« Next Gen » va cependant plus loin que la simple détection à court terme de talents dans la région. Comme nous vous le révélions la semaine dernière, il existe plusieurs statuts de clubs partenaires délivrés par l’OM en fonction d’un certain nombre de critères. Plus le statut est élevé, plus la dotation l’est (trois paliers : 5 000€, 10 000€ et 15 000€).

Encore une fois les plus cyniques y verront une manière pour le club professionnel de modeler les clubs amateurs à son image (notamment lorsque l’on peut gagner des points pour son statut en rejoignant Puma), les autres s’enthousiasmeront devant les mesures incitatives mises en place pour mieux « bosser. »

 

 

Les dirigeants amateurs sont notamment très sensibles aux efforts faits par le club pour financer les formations de leurs éducateurs et notamment les CFF (pour la certification du club, des points sont également délivrés en fonction de la présence ou non à la session de l’éducateur inscrit). Les invitations au Vélodrome pour les matches ou aux plateaux régulièrement organisés par l’OM voire à des tournois prestigieux parfois même à l’étranger sont autant d’attentions qui touchent les clubs partenaires. Mais aussi les enfants, qui ressentent la présence forte de l’OM à leurs côtés dans un foot mondialisé pouvant leur faire perdre leur ancrage local.

 

 

des progrès mais aucune garantie…

 

 

OM Next Generation, c’est donc bien plus que de la comm’. Même si ça l’est encore parfois notamment en direction des parents et des enfants (comme vu plus haut). Lorsque la médiatique équipe de Rudi Garcia allait mal l’an dernier, l’OM et ses clubs partenaires ont fait le taf en amont pour expliquer aux parents que le projet formateur tenait toujours la route.

 

 

Et pourtant des jeunes de La Busserine, du Burel ou de Malpassé continueront d’échapper à l’OM car malgré toutes ses bonnes volontés, seules celles des parents comptent au final. 

 


« Le petit Imdad Charifou, on a essayé de le convaincre de signer à l’OM mais finalement il a signé à l’OL. Les parents ont toujours le dernier mot. »
Ibrahim Olier, éducateur à l’AS Busserine –
Source : FC Marseille

 

Le programme a ses limites qui sont encore plus perceptibles pour les « gros clubs pré-formateurs. »

 

« On est mariés avec personne mais on est fiancés avec tout le monde. Si on avait des relations qu’avec l’OM, ça nous aurait fait du tort car la concurrence travaille aussi avec d’autres clubs. Pour moi, le partenariat avec l’OM a perdu un peu de son engouement car il y a beaucoup trop de clubs. Ils ont changé de stratégie en cours.  Apparemment, l’OL a beaucoup de partenaires, Montpellier aussi. Donc, ils ont voulu calquer leur stratégie sur ces clubs. Nous, club amateur, on ne peut pas s’enorgueillir car c’est devenu banal de signer le partenariat, même s’il y a une hiérarchie entre les clubs. On a beaucoup plus de relations que les petits clubs, c’est évident. »
Serge Obré, directeur sportif Burel FC
– Source : FC Marseille
 

 

La nouvelle direction n’a donc pas trouvé la formule magique afin de rafler sans faute tous les prodiges de la région. Son dispositif, peut-être plus clinquant que d’autres, existe même depuis longtemps chez ses concurrents. Et même à l’OM, entre 2005 et 2010, Roland Gransart avait déjà tenté de mettre en place ce genre de choses. Bref, rien de nouveau mais rien d’inutile non plus.

 

Car il faut reconnaître à cet état-major olympien une véritable détermination dans le suivi du projet et de réels progrès faits avec un grand nombre de clubs amateurs, désormais bien moins acrimonieux envers l’OM qu’ils ne pouvaient parfois l’être dans le passé. Restera malheureusement (ou heureusement ?) toujours l’incertitude liée aux parents…

 

Mourad Aerts et Azir Said Mohamed Cheik